Le Cantal abrite plus de 2 000 hectares de tourbières, soit l’une des concentrations les plus fortes de France métropolitaine pour un seul département. Ces milieux gorgés d’eau, formés depuis la fin de la dernière glaciation il y a environ 10 000 ans, hébergent des espèces végétales et animales que l’on ne trouve nulle part ailleurs dans le Massif central. Pourtant, la plupart des randonneurs passent à côté sans les remarquer, faute de savoir où poser le regard. Cet article rassemble tout ce qu’il faut connaître pour observer les tourbières cantaliennes dans les meilleures conditions : sites accessibles, faune et flore remarquables, périodes de visite, précautions à respecter et itinéraires balisés.
Dans cet article
- Le Cantal compte plus de 2 000 hectares de tourbières, répartis principalement entre le Cézallier, l’Artense et les plateaux du nord-est
- La réserve naturelle du Jolan et de la Gazelle protège 356 hectares de tourbières de pente, accessibles par un sentier balisé de 4 km
- La droséra à feuilles rondes, les sphaignes et la linaigrette sont les trois plantes emblématiques à repérer entre juin et août
- Le courlis cendré, le pipit farlouse et le lézard vivipare figurent parmi les espèces animales indicatrices de la bonne santé d’une tourbière
- Les visites guidées gratuites organisées par le Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne se déroulent de mi-juin à mi-septembre
- Les caillebotis et sentiers sur pilotis permettent l’observation sans piétiner les sphaignes, dont la croissance ne dépasse pas 1 cm par an
Sommaire
- Comprendre les tourbières : formation et rôle écologique
- Les principaux sites tourbeux du département
- La flore remarquable des tourbières cantaliennes
- La faune des tourbières : oiseaux, insectes et amphibiens
- Sentiers d’observation et itinéraires balisés
- Périodes de visite et conseils pratiques
- Menaces, protection et gestion conservatoire
- À retenir avant de partir
Comprendre les tourbières : formation et rôle écologique
Une tourbière se forme lorsque des végétaux, principalement des mousses du genre Sphagnum, s’accumulent dans un sol saturé d’eau et pauvre en oxygène. La décomposition de la matière organique est si lente que les débris végétaux se transforment en tourbe plutôt qu’en humus. Dans le Cantal, ce processus a débuté à la fin de la période würmienne, quand le retrait des glaciers a laissé des cuvettes argileuses imperméables sur les plateaux basaltiques.
J’ai souvent entendu des marcheurs comparer les tourbières à de simples marécages. C’est une erreur fondamentale. Un marécage est alimenté par des eaux riches en nutriments ; une tourbière, au contraire, vit principalement d’eau de pluie et reste extrêmement oligotrophe (pauvre en éléments nutritifs). Cette pauvreté force les plantes à développer des stratégies inédites : la droséra, par exemple, capture des insectes pour compenser le manque d’azote.
Le rôle écologique de ces milieux dépasse largement leur superficie. Une tourbière en bon état stocke environ 3 000 tonnes de carbone par hectare, soit cinq à dix fois plus qu’une forêt de même surface. Les tourbières agissent aussi comme des éponges naturelles : elles retiennent l’eau en période de pluie et la restituent lentement en été, régulant ainsi le débit des ruisseaux en aval. Selon le portail national des zones humides, les tourbières françaises représentent moins de 0,1 % du territoire mais constituent un réservoir de biodiversité irremplaçable.
Dans le Cantal, l’altitude joue un rôle majeur. Les tourbières de pente apparaissent entre 900 et 1 400 mètres, là où la pluviométrie dépasse 1 200 mm par an et où les températures moyennes annuelles restent inférieures à 8 °C. Ces conditions, combinées à un substrat volcanique imperméable, expliquent pourquoi le département concentre autant de sites tourbeux.

Voir aussi Cascades du Cantal : accès, saison idéale et durée de marche
Les principaux sites tourbeux du département
Le Cantal ne possède pas une seule grande tourbière, mais un réseau de sites dispersés sur trois secteurs géographiques principaux. Je les ai tous parcourus au fil des années ; voici les plus remarquables pour l’observation.
La réserve naturelle du Jolan et de la Gazelle
Située sur la commune de Ségur-les-Villas, entre 1 100 et 1 300 mètres d’altitude, cette réserve naturelle nationale protège 356 hectares de tourbières de pente, de landes et de prairies humides. Créée en 1998, elle est gérée par le Muséum national d’histoire naturelle en partenariat avec le Parc des Volcans d’Auvergne. C’est le site le plus accessible et le mieux équipé pour une première découverte des tourbières cantaliennes. Un sentier d’interprétation de 4 km (boucle) permet de traverser différents faciès tourbeux sans abîmer les milieux, grâce à des caillebotis en bois installés sur les passages les plus fragiles.
Les tourbières du Cézallier
Le plateau du Cézallier, entre le Cantal et le Puy-de-Dôme, abrite des tourbières bombées parmi les plus vastes d’Auvergne. Les sites de Chastel-sur-Murat et de la Montagne de la Martre sont particulièrement intéressants. On y observe des buttes de sphaignes qui atteignent parfois deux mètres d’épaisseur. L’accès se fait depuis le village de Pradiers ou depuis Allanche par la D 679. Le site du Cézallier propose des visites guidées pendant l’été.
Les zones humides du nord-est cantalien
Le site Natura 2000 « Tourbières et zones humides du nord-est du Cantal » couvre environ 1 200 hectares sur les communes de Lavigerie, Dienne et Saint-Saturnin. Ce secteur, moins fréquenté que le Jolan, offre des paysages de tourbières de pente en mosaïque avec des nardaies et des prairies à molinie. L’observation y est plus sauvage, sans aménagement particulier : il faut rester sur les sentiers existants et porter des chaussures étanches.
Les tourbières de l’Artense
À la frontière avec le Puy-de-Dôme et la Corrèze, le plateau granitique de l’Artense porte des tourbières de fond de vallée alimentées par des sources. Les sites autour de Champs-sur-Tarentaine et de Lanobre sont accessibles depuis la D 922. Ces tourbières diffèrent de celles du Cézallier par leur substrat granitique, qui modifie la composition floristique : on y trouve davantage de bruyères et de myrtilles en bordure.
| Site | Superficie | Altitude | Accès | Aménagement |
|---|---|---|---|---|
| Réserve du Jolan et de la Gazelle | 356 ha | 1 100-1 300 m | Ségur-les-Villas, D 3 | Sentier balisé, caillebotis, panneaux |
| Tourbières du Cézallier | ~400 ha (ensemble) | 1 100-1 450 m | Pradiers ou Allanche, D 679 | Visites guidées estivales |
| Zones humides nord-est Cantal | 1 200 ha (Natura 2000) | 1 000-1 400 m | Lavigerie, Dienne | Aucun aménagement spécifique |
| Tourbières de l’Artense | ~200 ha | 700-900 m | Champs-sur-Tarentaine, D 922 | Sentiers non balisés |
La flore remarquable des tourbières cantaliennes
La flore des tourbières du Cantal est à la fois pauvre en nombre d’espèces et extraordinairement spécialisée. Chaque plante présente ici a développé des adaptations uniques pour survivre dans un milieu acide, gorgé d’eau et quasi dépourvu de nutriments. Voici les espèces que je recommande de chercher en priorité.
Les sphaignes
Les mousses du genre Sphagnum constituent la matrice vivante de la tourbière. Le Cantal héberge au moins quinze espèces de sphaignes, dont Sphagnum magellanicum (de couleur rouge vin), Sphagnum papillosum et Sphagnum capillifolium. Ces mousses absorbent jusqu’à vingt fois leur poids en eau. Leur croissance est extrêmement lente : environ 1 cm par an dans les meilleures conditions. Marcher sur un tapis de sphaignes provoque des dégâts qui mettront des décennies à se réparer.
La droséra à feuilles rondes
Drosera rotundifolia est sans doute la plante la plus fascinante des tourbières cantaliennes. Cette minuscule plante carnivore, dont la rosette ne dépasse pas 3 à 5 cm de diamètre, capture de petits insectes grâce à des poils glanduleux recouverts d’un mucilage collant. On la repère entre juin et août, lorsque les gouttelettes brillent au soleil. Elle est protégée au niveau national : il est interdit de la cueillir ou de la déterrer.
La linaigrette
Eriophorum angustifolium et Eriophorum vaginatum forment des touffes reconnaissables à leurs houppes cotonneuses blanches qui ondulent au vent de juin à juillet. La linaigrette est souvent le premier indicateur visuel qu’on entre dans une zone tourbeuse. Elle colonise les dépressions les plus humides et les bords de gouilles (petites mares naturelles).
Autres espèces remarquables
La canneberge (Vaccinium oxycoccos), cousine de l’airelle, rampe sur les coussins de sphaignes et produit de petites baies rouges en automne. La grassette commune (Pinguicula vulgaris), autre plante carnivore, piège les moucherons sur ses feuilles grasses et visqueuses d’un vert jaunâtre. La narthécie ossifrage (Narthecium ossifragum) illumine les tourbières de ses fleurs jaune vif en juillet. On trouve aussi la comaret (Comarum palustre), reconnaissable à ses fleurs pourpres, et plusieurs espèces de laîches (Carex) qui forment les touradons, ces buttes herbeuses caractéristiques des zones humides.

La faune des tourbières : oiseaux, insectes et amphibiens
Les tourbières du Cantal ne sont pas seulement un conservatoire botanique. Elles abritent une faune discrète mais remarquable, qui utilise ces milieux pour se nourrir, nicher ou hiverner. Lors de mes visites sur le Jolan, j’ai pu observer la quasi-totalité des espèces présentées ci-dessous, à condition de prendre le temps de rester immobile et silencieux.
Les oiseaux nicheurs
Le courlis cendré (Numenius arquata) est l’oiseau emblématique des tourbières cantaliennes. Ce limicole au long bec courbé niche au sol dans les prairies humides adjacentes aux zones tourbeuses. Sa population cantalienne, estimée à quelques dizaines de couples, est en déclin régulier. Le pipit farlouse (Anthus pratensis) est plus commun : on l’entend chanter en vol au-dessus des landes tourbeuses dès le mois d’avril. Le tarier des prés (Saxicola rubetra), perché sur les tiges de grandes herbes, signale sa présence par un chant bref et mélodieux.
D’autres rapaces survolent régulièrement les tourbières pour chasser : le busard Saint-Martin (Circus cyaneus) patrouille en vol bas à la recherche de campagnols, tandis que le milan royal (Milvus milvus), très présent dans le Cantal avec plus de 300 couples reproducteurs, utilise les courants thermiques au-dessus des plateaux.
Les insectes
Les tourbières sont un paradis pour les libellules. Parmi les espèces les plus remarquables, la leucorrhine douteuse (Leucorrhinia dubia), reconnaissable à ses taches rouges sur l’abdomen, ne se reproduit que dans les mares acides des tourbières. L’aeschne subarctique (Aeshna subarctica), relicte glaciaire, a été observée sur le Cézallier. Du côté des papillons, le nacré de la canneberge (Boloria aquilonaris) dépend directement de la présence de sa plante hôte dans les tourbières.
Les araignées sont également bien représentées, notamment Dolomedes fimbriatus, la grande dolomède, capable de marcher sur l’eau et de capturer de petits poissons ou des têtards. Je l’ai observée à plusieurs reprises sur les gouilles du Jolan.
Les amphibiens et reptiles
Le lézard vivipare (Zootoca vivipara) est l’espèce la plus caractéristique. Contrairement à la plupart des lézards, il ne pond pas d’œufs mais donne naissance à des jeunes formés, adaptation remarquable aux conditions fraîches et humides des tourbières d’altitude. La grenouille rousse (Rana temporaria) se reproduit dans les mares tourbeuses dès la fonte des neiges, parfois dès février à basse altitude. Le triton palmé (Lissotriton helveticus) fréquente les gouilles et les fossés de drainage.
Voir aussi Observer les étoiles dans le Cantal : les spots sans pollution lumineuse
Sentiers d’observation et itinéraires balisés
Observer les tourbières du Cantal ne s’improvise pas. Ces milieux sont fragiles et, pour certains, difficilement praticables sans équipement adapté. Voici les itinéraires que je recommande, du plus accessible au plus engagé.
Boucle du Jolan (Ségur-les-Villas)
C’est le parcours incontournable pour une première approche. Le départ se fait depuis le parking situé en bordure de la D 3, à environ 3 km au nord de Ségur-les-Villas. La boucle de 4 km emprunte un sentier d’interprétation avec huit stations thématiques expliquant la formation de la tourbe, les espèces présentes et les enjeux de conservation. Le dénivelé est faible (environ 80 mètres) et le parcours convient aux familles avec enfants à partir de 6 ans. Comptez 1 h 30 à 2 h en prenant le temps de lire les panneaux et d’observer. Les caillebotis traversent les zones les plus sensibles ; il est impératif de ne pas en sortir.
Sentier des tourbières du Cézallier (Pradiers)
Au départ du village de Pradiers, un sentier de 6 km (aller-retour) mène à travers des tourbières bombées typiques. Le terrain est plus exigeant que le Jolan : pas de caillebotis, des passages humides nécessitant des chaussures montantes imperméables. Le parcours traverse des paysages ouverts de landes et de nardaies, avec des vues sur les sommets du Cézallier. Comptez 2 h 30 à 3 h. Ce sentier est particulièrement beau en juin, quand les linaigrettes sont en fleur.
Randonnée vers les sources de la Santoire
Pour les marcheurs plus aguerris, la remontée de la vallée de la Santoire depuis Dienne permet de traverser des zones tourbeuses peu fréquentées. L’itinéraire de 12 km (boucle) passe par les plateaux à plus de 1 300 mètres, où les tourbières de pente alternent avec des prairies d’estive. Le dénivelé cumulé atteint 450 mètres. Ce parcours se combine bien avec une étape sur le GR 400 pour ceux qui réalisent le tour du volcan cantalien.
Intégrer les tourbières dans un itinéraire plus large
Les tourbières du Jolan se trouvent à moins de 30 minutes en voiture du Pas de Peyrol et de la route des crêtes. On peut combiner une matinée d’observation sur le sentier du Jolan avec un après-midi de randonnée vers le Puy Mary. Pour ceux qui explorent le Cantal en van ou camping-car, le parking du Jolan est accessible aux véhicules de moins de 7 mètres, mais il n’y a pas d’aire de services à proximité.

Périodes de visite et conseils pratiques
Le choix de la saison conditionne largement ce que l’on peut observer dans les tourbières du Cantal. Voici un calendrier basé sur mes propres sorties, année après année.
| Période | Intérêt principal | Conditions | Fréquentation |
|---|---|---|---|
| Avril-mai | Reproduction des grenouilles rousses, retour des pipits farlouses | Sol très humide, neige résiduelle possible au-dessus de 1 200 m | Très faible |
| Juin-juillet | Période optimale : floraison des linaigrettes, droséras visibles, libellules actives, chant des courlis | Sol praticable, journées longues, températures agréables (12-22 °C) | Modérée |
| Août | Droséras en pleine capture, papillons, mûrissement des canneberges | Risque d’orages l’après-midi, sol plus sec en bordure | Modérée à forte (vacances) |
| Septembre-octobre | Couleurs automnales des sphaignes (rouge, orangé), migration des oiseaux | Matinées fraîches, brouillard fréquent, sol à nouveau très humide | Faible |
| Novembre-mars | Paysage hivernal, peu d’observation possible | Neige, gel, accès routier parfois coupé | Quasi nulle |
Équipement recommandé
Quelle que soit la saison, les chaussures imperméables à tige haute sont indispensables. Même en plein été, certains passages restent gorgés d’eau. J’emporte systématiquement des jumelles (grossissement 8x ou 10x) pour observer les oiseaux sans les déranger, et une loupe de poche (x10) pour examiner les sphaignes et les droséras de près. Un guide naturaliste de poche aide à identifier les espèces sur le terrain : je recommande le « Guide des milieux naturels » édité par le Conservatoire d’espaces naturels d’Auvergne.
Les tourbières sont des milieux ouverts, sans ombre. En été, la protection solaire est nécessaire. En toute saison, une veste imperméable doit rester dans le sac : le temps change vite sur les plateaux cantaliens, comme le savent ceux qui ont randonné dans la vallée du Mars ou bivouaqué dans les volcans du Cantal.
Visites guidées
Le Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne organise chaque été des sorties nature gratuites sur la réserve du Jolan et de la Gazelle. Ces visites, encadrées par un garde ou un animateur naturaliste, durent environ 2 h 30 et sont accessibles sans réservation (sauf groupes de plus de 15 personnes). Le calendrier est publié chaque année entre mai et juin sur le site du Parc. En dehors de ces dates, des associations locales comme le Conservatoire d’espaces naturels d’Auvergne proposent ponctuellement des sorties thématiques (bryologie, ornithologie, entomologie).
Menaces, protection et gestion conservatoire
Les tourbières du Cantal, malgré leur apparente immutabilité, font face à plusieurs menaces. Comprendre ces enjeux permet de mieux respecter ces milieux lors de nos visites.
Le drainage agricole
Historiquement, de nombreuses tourbières cantaliennes ont été drainées pour gagner des terres de pâturage ou de fauche. Des fossés creusés dans les années 1960-1980 continuent d’assécher certains sites. Quand une tourbière perd son eau, les sphaignes meurent, la tourbe se minéralise et libère dans l’atmosphère le carbone qu’elle avait stocké pendant des millénaires. Le Conservatoire d’espaces naturels d’Auvergne mène depuis les années 2000 des opérations de comblement de drains : des seuils en bois ou en tourbe sont installés dans les fossés pour relever le niveau de la nappe. Les résultats sont encourageants, avec une recolonisation par les sphaignes observable en trois à cinq ans sur certains sites.
Le surpâturage
Un pâturage extensif est compatible avec le maintien des tourbières, à condition que la charge en bétail reste faible. Un excès de piétinement par les bovins détruit les coussins de sphaignes et crée des zones de sol nu où l’érosion s’installe. Sur la réserve du Jolan, des conventions de gestion avec les éleveurs locaux fixent des dates et des charges de pâturage adaptées.
Le changement climatique
L’augmentation des températures et la modification du régime des précipitations constituent la menace la plus préoccupante à long terme. Les étés de sécheresse, comme ceux de 2019, 2022 et 2023, provoquent un assèchement superficiel des tourbières qui fragilise les sphaignes et favorise l’installation d’espèces concurrentes comme la molinie. Les chercheurs du Muséum national d’histoire naturelle suivent l’évolution de la végétation sur le Jolan grâce à des relevés permanents installés depuis 2005.
La fréquentation touristique
Le développement de la randonnée et de la photographie naturaliste augmente la pression sur ces milieux. Un piétinement même ponctuel en dehors des sentiers peut détruire des décennies de croissance végétale. La règle est simple : on reste sur les caillebotis et les sentiers balisés, on ne cueille rien, on ne retourne pas les pierres, on ne pose pas de trépied dans les sphaignes. Les chiens doivent être tenus en laisse, particulièrement de mars à juillet (période de nidification du courlis cendré).
Le cadre réglementaire
La réserve naturelle nationale du Jolan et de la Gazelle bénéficie du niveau de protection le plus élevé du droit français. Toute destruction ou modification du milieu y est interdite. Les tourbières situées en dehors de la réserve mais incluses dans le réseau Natura 2000 sont protégées au titre de la directive Habitats (habitat 7110 : tourbières hautes actives). Certaines espèces comme la droséra, la grassette ou le courlis cendré bénéficient d’une protection nationale qui s’applique sur tout le territoire, indépendamment du statut du site.
Préparer sa sortie en tourbière
Les tourbières du Cantal sont des milieux d’exception qui méritent d’être découverts avec respect et préparation. Que l’on soit naturaliste confirmé ou simple curieux de nature, ces paysages offrent une expérience sensorielle unique : le sol qui ondule sous les pieds, le silence des plateaux interrompu par le chant du courlis, l’éclat des gouttelettes de droséra au soleil du matin. En prenant le temps d’observer, on comprend pourquoi ces milieux fragiles sont si précieux pour l’équilibre écologique du Cantal et, au-delà, pour le climat.
Les plateaux qui abritent les tourbières sont aussi ceux où l’on croise les burons et fermes-auberges du Cantal. Après une matinée d’observation naturaliste, rien de tel qu’une truffade ou un aligot dans un buron pour prolonger l’immersion dans ces paysages d’altitude. Et pour ceux qui souhaitent explorer les curiosités géologiques voisines, les formations rocheuses du massif offrent un autre regard sur l’histoire volcanique de la région.
À retenir
- Privilégiez la période mi-juin à mi-juillet pour observer le maximum d’espèces en une seule sortie (floraison, insectes, oiseaux nicheurs)
- Commencez par le sentier du Jolan (Ségur-les-Villas, boucle de 4 km) : c’est le site le mieux aménagé et le plus riche en espèces
- Emportez des chaussures imperméables, des jumelles et une loupe x10 pour profiter pleinement de l’observation
- Restez impérativement sur les caillebotis et sentiers balisés : un pas hors du chemin détruit des décennies de croissance végétale
- Consultez le calendrier des sorties nature du Parc des Volcans (publié en mai-juin) pour bénéficier d’un accompagnement naturaliste gratuit
Questions fréquentes
Quelle est la faune caractéristique des tourbières du Cantal ?
Les tourbières cantaliennes abritent le courlis cendré, le pipit farlouse et le tarier des prés parmi les oiseaux nicheurs. Côté insectes, la leucorrhine douteuse et le nacré de la canneberge sont des espèces emblématiques. Le lézard vivipare, la grenouille rousse et le triton palmé sont les amphibiens et reptiles les plus fréquents. L’observation demande de la patience : restez immobile au moins dix minutes pour voir apparaître les espèces les plus discrètes.
Quelles plantes remarquables trouve-t-on dans les tourbières du Cantal ?
Les plantes les plus remarquables sont la droséra à feuilles rondes (plante carnivore protégée), les sphaignes (mousses formant la tourbe), la linaigrette à feuilles étroites (reconnaissable à ses houppes blanches), la canneberge, la grassette commune et la narthécie ossifrage. La plupart de ces espèces sont visibles entre juin et août. La droséra et la grassette sont protégées : il est interdit de les cueillir.
Comment accéder à la réserve naturelle des tourbières du Jolan et de la Gazelle ?
La réserve se trouve sur la commune de Ségur-les-Villas, accessible par la D 3. Un parking est aménagé au point de départ du sentier d’interprétation, à environ 3 km au nord du village. Le sentier en boucle fait 4 km avec un dénivelé de 80 mètres, accessible aux familles avec enfants dès 6 ans. L’accès est libre et gratuit toute l’année, mais les visites guidées par le Parc des Volcans ne sont proposées que de mi-juin à mi-septembre.
Quelle est la meilleure période pour visiter les tourbières cantaliennes ?
La période optimale s’étend de mi-juin à mi-juillet : les linaigrettes sont en fleur, les droséras sont visibles, les libellules volent et les oiseaux nicheurs chantent encore. Août reste intéressant pour les papillons et les droséras en pleine capture. Septembre offre les couleurs automnales des sphaignes. Évitez novembre à mars : l’accès est souvent difficile et l’observation très limitée.
Les tourbières du Cantal sont-elles menacées ?
Oui, les tourbières font face à plusieurs menaces : le drainage agricole historique, le surpâturage bovin, le changement climatique (sécheresses estivales de plus en plus fréquentes) et la fréquentation touristique mal maîtrisée. Des actions de restauration sont en cours, notamment le comblement de drains par le Conservatoire d’espaces naturels d’Auvergne, avec des résultats visibles en trois à cinq ans. La réserve du Jolan bénéficie du niveau de protection le plus élevé du droit français.
Peut-on visiter les tourbières du Cantal avec des enfants ?
Le sentier d’interprétation du Jolan est adapté aux enfants à partir de 6 ans : la boucle fait 4 km avec seulement 80 mètres de dénivelé, des caillebotis sécurisent les passages humides et huit panneaux thématiques rendent la visite ludique. Comptez 1 h 30 à 2 h. Les visites guidées estivales du Parc des Volcans sont également adaptées aux familles. Les autres sites (Cézallier, nord-est cantalien) sont plus exigeants et moins adaptés aux jeunes marcheurs.
Camille Vaissière est rédactrice tourisme basée à Aurillac. Elle arpente le Cantal et l'Auvergne depuis quinze ans, des villages classés de la Châtaigneraie aux crêtes du Puy Mary, et couvre le patrimoine, la randonnée, la gastronomie et les traditions du département.
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